0-6 ans, des petits monstres en puissance

Ça se tire les cheveux, ça pousse son voisin par terre et ça s’assure qu’il a mangé un quota d’herbe prédéfini. Ça applique consciencieusement les crânes ennemis sur les coins de table ou sur les rétroviseurs alentours. Après avoir arraché à son adversaire un jouet dont ça ne veut pas vraiment, ça l’achève à coup de petite voiture entre les deux yeux. Mesdames et messieurs, ce n’est pas Bagdad mais un groupe d’enfants découvrant joyeusement entre eux le pouvoir persuasif d’un bon coup de pied dans le tibia (ou de tout ce qui peut passer à hauteur de chaussure).

Au-delà des sourires angéliques et du zozotement adorable, qui a déjà vu des enfants ensemble sait que les réactions des bambins peuvent être violentes. Si un enfant veut quelque chose, il le prend. Si le propriétaire de la dite chose oppose quelconque résistance, il le frappe. Ce n’est pas qu’il soit foncièrement mauvais ou que la méchanceté lui plaise, pour lui, c’est un fonctionnement normal. Pourtant, les enfants ont un comportement différent en présence d’adulte, tant au niveau du nombre de bleus comptés sur les corps au bout d’une heure que du nombre de paroles échangées ou de rires émis, comme l’ont prouvé des études.

Si les gens plus âgés se retiennent (la plupart du temps) d’écraser le nez de ceux qui les agacent, c’est seulement parce qu’on leur a appris que ça ne se faisait pas. Comme de verser la soupe sur le chien ou de faire pipi par terre. Et ce qui permet cette charmante différence, mise à part la façon dont on est éduqué, c’est la socialisation.

Ce mot barbare décrit tout simplement l’apprentissage des normes et des valeurs qui régissent le groupe auquel on appartient. A force d’imitation, de contrainte exercée sur les individus, ces normes et valeurs finissent par être intériorisées. Et les comportements inconscients. La socialisation « de base », dite socialisation primaire, se fait pendant l’enfance grâce à ce que l’enfant voit le plus souvent : parents, école. C’est ainsi qu’un petit sauvage devient un enfant socialisé, plein du minimum de bonnes manières requis. Mais ce processus prend du temps, d’où le fait qu’un enfant de 4 ans se brosse les cheveux naturellement avant d’aller à l’école mais qu’une fois là-bas il balance gaiement ses petits camarades dans les graviers. Et il prend tellement de temps qu’il continue encore à nos âges (sous le nom de socialisation secondaire puisqu’elle se fait plus par les pairs et les médias que par les parents ou l’école).

Pour illustrer ces constatations, voici le témoignage de A.C, en Bac Professionnel Services à la Personne et au Territoire qui aboutit, entre autres, à travailler dans le domaine de la petite enfance.

P’tit Charles : Quels contacts as-tu eu avec les enfants en bas âge ?

A.C. : Il y a des enfants dans ma famille car mes sœurs ont des fils, et j’ai fait un stage en crèche donc j’ai travaillé avec des bébés et des enfants de 1 à 3 ans. Ensuite j’ai travaillé avec des enfants de 3 à 6 ans en maternelle, mais toujours avec des enfants sans handicaps.

P’tit Charles : As-tu déjà assisté à des scènes de «  violence » entre enfants ?

A.C. : Oui. A la maternelle, des petites filles de 4 ans environ. L’une des deux a lancé un bout de bois dans l’œil de l’autre, qui avait trouvé un plus joli caillou qu’elle, je crois. Après, en crèche, des enfants qui devaient avoir 2 ans et demi. Deux petits garçons, que ce soit l’un ou l’autre, se piquaient des petites voitures, puis se mordaient ou se tiraient les cheveux.

Les enfants sont méchants, entre eux ! Il arrivait aussi qu’ils se jettent des jouets, comme des petites voitures, à la figure, mais parfois des camions énormes et ils se faisaient mal. Ca arrivait souvent.

P’tit Charles : Leur comportement est-il différent quand ils savaient qu’un adulte était avec eux?

A.C. : Tout dépend quel adulte. Certains enfants sont insupportables quand leurs parents sont là, alors que d’autres sont plus sages. C’était pareil avec nous ou à l’école. Certains étaient terribles avec leurs parents alors qu’une fois en classe, ils ne bougeaient pas un orteil.

P’tit Charles : Penses-tu qu’un enfant est foncièrement méchant ou que cela dépend de son éducation et de son âge ?

A.C. : Ca dépend de leur éducation. Certains parents agissent avec leur enfant comme s’il était roi, et ces enfants-là auront plus de mal à se sociabiliser avec les autres, et seront méchants parce qu’ils veulent rester au centre de l’attention. Au contraire, les enfants venant de grandes familles ont plus naturellement tendance à partager. Je pense que tous les enfants se sont déjà chamaillés pour des jouets, c’est normal. Mais si les parents leur expliquent bien, à partir de 3 ans ils doivent savoir ce qu’est le partage. Avant, on ne peut pas vraiment le leur demander.

Lou-Ann Uros

 

 

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