Dur, dur d’être bénévole !

En entrant dans le modeste établissement de l’épicerie sociale, je ne savais pas ce qui m’attendait : ignorant tout du milieu du bénévolat, je me fiais à mes idées naïves et toutes faites, à cette belle cause qui ne pouvait cacher que de la bienveillance, et l’avenance de personnes se démenant toujours avec le sourire pour rendre la vie de leurs semblables moins précaire…

epicerie-3Pourtant, quelque chose m’a frappée immédiatement en observant tous les bénévoles (principalement des femmes) trier les jouets d’établissements scolaires reçus la veille : la fatigue, l’agacement tiraient les traits de leur visage. C’est au fil de l’après-midi que j’ai réellement commencé à comprendre que la tâche de bénévole est bien plus complexe que ce que l’on pourrait imaginer. En effet, les volontaires  viennent pour la bonne cause mais, épuisés, ne le laissent pas vraiment paraître, l’étonnement n’étant pas toujours de mise à la vue de la générosité des donneurs, pourtant impressionnante et qui frapperait une personne extérieure à l’association (un amont de jouets  regroupés dans une pièce, remplie aux quatre coins), ni de certains dons plus onéreux que la moyenne, comme un vélo.

Pourquoi le bonheur et le soulagement des personnes aidées ne semblent-ils plus atteindre les bénévoles ?

Mme GAVET, l’une des 40 bénévoles de l’épicerie sociale, a gentiment accepté de répondre à mes questions.

P’tit charles : Depuis quand travaillez-vous à l’Epicerie sociale ?

Mme GAVET : Depuis onze ans ; dès que je suis partie à la retraite j’ai décidé de m’occuper en facilitant au maximum la vie des plus démunis. Habituée à m’occuper d’animations auprès d’élèves ainsi qu’au contact, je me suis dit que l’entente entre les bénévoles devait être particulièrement bonne et chaleureuse.

PC : Quel aspect du bénévolat préférez-vous ?

Mme G.: Aider les autres fait vraiment plaisir, et c’est cela qui m‘importe le plus ; le côté que j’aime le moins étant les relations entre les bénévoles.

PC : Les bénévoles ne s’entendent-ils pas bien ?

Mme G.: A vrai dire, il y a beaucoup de tensions, car chacun a ses idées pour faire avancer l’association, mais il est dur de mettre tout le monde d’accord, et je suis déçue de cette facette car elle parfois est néfaste au bon fonctionnement de notre équipe. Cependant, on observe ces tensions dans toutes les associations, il faut voir au-delà  et garder en tête la perspective d’aider beaucoup de personnes ; c’est le plus important.

PC : Vous apportez beaucoup à ces personnes, mais qu’est-ce que cela vous apporte personnellement ?

Mme G.: Du plaisir de rendre heureux, même si cela est éphémère. J’ai du temps libre, alors autant le consacrer à de bonnes actions. Malheureusement, j’ai toujours l’impression que nous ne donnons jamais assez…

PC : Que pourriez-vous souhaiter à votre association pour cette nouvelle année ?

Mme G.: Moins de pauvreté, bien sûr ! En entrant dans cette association j’ai été particulièrement choquée par le nombre de personnes dans le besoin, et même dans la misère : des SDF, évidemment, mais aussi  beaucoup de femmes seules avec des enfants à charge, des retraités, et des jeunes, même  lycéens !

La majorité des bénévoles rencontrés travaillaient ici depuis au moins dix ans, et cela a apparemment joué sur le moral de  beaucoup d’entre eux. En effet,l’envie de solidarité et l’intention d’aider se heurtent à la réalité ; c’est un véritable engagement, pour lequel on n’est pas toujours récompensé, et même parfois critiqué. Il est dur de satisfaire tout le monde, certains en demandent toujours plus et ne sont pas reconnaissants.

epicerieDe plus, les subventions sont  difficiles à obtenir, et même supprimées dans certains villages comme Jaux ; ardue est la tâche de trouver des fonds, il faut toujours négocier les prix auprès des supermarchés, ce qui, à la longue, est usant. De même, les aliments toujours plus chers et le nombre de personnes démunies croissant font monter l’inquiétude et la fatigue des bénévoles. Enfin, l’entente entre bénévoles peut être très tendue, les uns n’écoutant que leurs idées, les autres supportant mal l’autorité…  Il faut donc faire face aux obstacles incessants et les contourner au mieux afin de satisfaire et de continuer à proposer ses services. Ces difficultés rongent petit à petit le plaisir des bénévoles et le réduisent au seul sens de l’engagement, de ne pas vouloir abandonner l’association car elle est utile, et même nécessaire pour beaucoup. L’Epicerie Sociale a tout de même, cette année, aidé un peu moins de 1000 personnes à se nourrir correctement et régulièrement.

Envers et contre tout, le bénévolat reste une très bonne expérience, et particulièrement pour un jeune. Il ouvre un chemin vers le monde de la réalité, ainsi que d’autres perspectives, et apprend beaucoup à ceux qui donnent de leur temps libre et de leur motivation pour améliorer l’existence de tous  à leur niveau. Il faut bien sûr savoir prendre sur soi de temps en temps, être à l’écoute, les jeunes sont souvent bien accueillis par les associations qui voient en eux  la continuité de leur travail, et la génération suivante, pleine d’envie et de motivation. Les adolescents apportent des idées neuves, font état de leurs remarques qui sont parfois très pertinentes, d’un autre point de vue.

Il ne faut pas confondre le bénévolat avec le pays  des bisounours, cette tâche n’est pas toujours facile à assumer, mais l’aide de volontaires rend tous les jours service à beaucoup de personnes, pour qui la vie est un peu moins dure grâce aux associations. Si vous avez envie de changer les choses à votre échelle, une motivation d’acier et un peu de temps libre, pourquoi ne pas essayer quelques semaines ? 

Si travailler à l’épicerie Sociale vous intéresse, appelez la charmante directrice, Mme Rouleau, au 03.44.85.06.03.

 

Louise Naulin

 

 

 

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